Partie 5 : la Troisième Période Intermédiaire
Chapitre II : la Troisième Période Intermédiaire, les XXIIIe, XXIVe et XXVe dynasties
Huit rois se succèdent dans cette dynastie : Pedoubastis, Roudamon, Ioupout II, Piankhy, Chabaka, Chabataka, Taharqa, Tanoutamon (Tantanami).
La XXVe dynastie
| Rois |
|---|
| Pedoubastis |
| Roudamon |
| Ioupout II |
| Piankhy |
| Chabaka |
| Chabataka |
| Taharqa |
| Tanoutamon |
Chabaka (-702 av. J.-C.)
En Juillet 2011, sous l’égide du CFEETK, la doctorante Nadia Licitra de l’Université Paris IV conduisit des fouilles dans la zone Nord de l’enceinte d’Amon-Rê à Karnak dans ce qu’on appelle le Trésor de Chabaka. Une colonnade principale avait été déterrée il y a longtemps, peut-être par A. Mariette, mais les fouilles récentes mirent au jour plusieurs blocs de pierre appartenant à une porte et une niche, très bien conservée, et gravée d’inscriptions bleues au nom de Chabaka. Ce petit édifice faisait partie d’un ensemble religieux plus large, utilisé à la fois pour stocker les matériaux précieux bruts ou transformés (d’où le nom de « Trésor ») et en faire la consécration. Pendant la session 2008-2009, le site a été nettoyé, les matériaux archéologiques de surface ramassés. La fosse artificiellement créée pour dégager la colonnade a été nettoyée, et un premier relevé détaillé du monument et du site en général a été réalisé. De 2009 à 2012, les explorations se poursuivent avec de nouvelles fouilles, relevés et sondages.
Chabaka effectue aussi des restaurations et des aménagements du temple de Ptah à Karnak, dans l’enceinte d’Amon-Rê.
Chabataka (702-690 av. J.-C.)
Il existe deux hypothèses concernant la montée de Chabataka sur le trône d’Égypte, toutes deux reliées à la petite douzaine d’enfants connus de Piankhy. Piankhy aurait eût avec une première épouse connue, Abar, un fils nommé Taharqa. Mais d’une seconde épouse, il aurait également eût un second fils Chabataka. Quant à la seconde hypothèse, elle fait de Chabataka le beau-fils de Piankhy : une épouse royale non connue de Piankhy lui aurait donné une fille, Arty, qui aurait, elle, épousé Chabataka, fils de Chabaka.
Concernant la fratrie, on sait que Chabataka a aussi une sœur, Divine Adoratrice d’Amon, nommée Chepenoupet II.
Chabataka s’est fait inhumer à El-Kourrou, à une dizaine de kilomètres au Sud de Napata, autour du Gebel Barkal. Ce site abrite la nécropole royale de la XXVe dynastie et se compose de pyramides. Seul Taharqa n’y est pas inhumé pour cette XXVe dynastie (dans le sens « égyptien » du terme, puisque la lignée familiale continue).
Taharqa (690-664 av. J.-C.)
Taharqa est le grand roi de la XXVe dynastie, avec vingt-six années de règne et de nombreuses réalisations en Égypte. Il est de source sûre le fils de Piankhy, et soit le frère, soit le beau-frère de Chabataka. On lui connaît plusieurs épouses, et au minimum deux fils, tandis que l’une de ses filles deviendra Divine Adoratrice d’Amon.
Son second nom est Khounefertoum : Nefertoum protège son père.
À Kawa, près du Gebel Barkal, Taharqa fait ériger un grand temple d’Amon, dont aujourd’hui il ne reste presque plus rien. Le plan est typiquement égyptien. Au British Museum se trouve des cryosphinx protégeant Taharqa. On dispose également de sphinx dont le visage humain est celui de Taharqa, surmonté de deux uraei — tout à fait caractéristiques de la XXVe dynastie —, et le corps à crinière celui d’un lion. Les deux uraei s’ont une « invention » d’Amenhemat III (Moyen Empire), repris essentiellement sous Hatshepsout (Nouvel Empire) et enfin par Taharqa.
La chapelle du temple d’Amon à Kawa qui devait se trouver dans la salle hypostyle est aujourd’hui conservée à l’Ashmolean Museum d’Oxford. On y voit Taharqa faire des offrandes à différents dieux.
Dans le temple du Gebel Barkal se trouvent des reliefs de Taharqa face à la montagne d’où sort l’uraeus (symbolisé par le piton rocheux surplombant le site) et dans laquelle se trouve un Amon à tête de bélier assis sur son trône.
Taharqa a aussi fait ériger à côté un petit temple en hémispéos pour la déesse Mout. Il y reste une dédicace où il précise qu’il a fait construire ce temple pour sa mère, le rattachant ainsi à la triade amonienne, en s’incarnant en Khonsou, fils d’Amon et Mout.
Parmi les découvertes récentes, Charles Bonnet a découvert plus au Nord, à Kerma (l’ancienne capitale nubienne), et plus précisément à Dokki Gel, un puits où étaient entreposées des statues de rois napatéens, dont une de Taharqa, sans doute la plus ancienne du puits. Ces statues avaient été volontairement brisées (bras, tête et jambes), mais tous les fragments étaient présents. Elles sont aujourd’hui reconstituées et exposées au Musée de Kerma. On pense que la détérioration serait le fait de Psammétique II, notamment dans son combat pour détruire Pnoubs (la statue la plus récente du puits datant de cette époque).
Taharqa est inhumé à Nouri, à une dizaine de kilomètres de la nécropole de la XXVe dynastie d’El-Kourrou. Il y fait ériger une pyramide. À Nouri les pyramides ne manquent d’ailleurs pas : on en compte vingt-cinq pour les rois, et pas moins de cinquante-deux pour les reines, les plus grandes situées au devant (Sud-Est), les plus petites à l’arrière (Nord-Ouest). Celle de Taharqa est de loin la plus grande. Son épouse et son fils Tanoutamon se feront par contre enterrer à El-Kourrou.
Dans la pyramide de Taharqa, Reisner a découvert au début du XXe siècle environ 1070 oushebtis, aujourd’hui conservés pour la plupart à Harvard.
Tanoutamon (664-656 av. J.-C.)
Tanoutamon va légitimement succéder à son père Taharqa. Il aura un court règne d’environ une année, et ne gouvernera plus que Napata, puisque chassé par les Assyriens.
Sa tombe décorée, située, donc, à El-Kourrou, est construite sous une pyramide. La chambre funéraire voûtée est peinte d’un plafond étoilé. La décoration de la tombe est classique : la barque transportant le signe akhet (le soleil levant à l’horizon) est adorée par deux groupes de babouins au lever du jour ; le reste de l’iconographie est composé de dieux et déesse (Isis) et de nombreux génies.
L’un des documents les plus intéressants 1 qui nous soit parvenu de son règne est la « stèle du songe de Tanoutamon ». La stèle de granit, provenant de Napata, décrit la mission que reçu Tanoutamon pour reconquérir Memphis et la Basse-Égypte, alors aux mains des Assyriens et de leurs subalternes vassalisés. Le texte nous explique, en effet, que Tanoutamon va mener à bien la mission dont il est investit, bien que plus tard Assurbanipal reprendra Memphis, et remontera le Nil jusqu’à l’actuelle Assouan, après avoir pillé Thèbes.
Le texte comporte de nombreux éléments intéressants : d’abord il commence par l’indication de la première année de règne de Tanoutamon, ce qui confirme sa royauté, et au moins une année de règne. Ensuite, le contenu raconte le rêve du roi, où il vit se dresser deux serpents à sa droite et à sa gauche ; l’interprétation de son rêve en fait le symbole de l’union des Haute et Basse-Égypte : souvenez-vous que sous le règne de Taharqa, le souverain porte deux uraei sur le front plutôt qu’un.
Dans la suite, on apprend qu’il y a effectivement un grand temple d’Amon de Napata, et Tanoutamon lui fait parvenir 39 bovins, 40 cruches de bières et 100 pots.
Notes
- ↑1 Urk. III, 60-77; Lalouette, TSTP I, 39-43.
Médias
XXVe dynastie : succession de Piankhy à Chabataka
Vases canopes en bois peint
La pierre de Chabaka
La pierre de Chabaka (Détail du texte)
La pierre de Chabaka (Fin de la titulature de Chabaka)
La pierre de Chabaka (Partie de la titulature de Chabaka, où il est aimé de Ptah-au-Sud-de-son-Mur)
La pierre de Chabaka (Partie de la titulature de Chabaka, le nom de fils de Rê martelé)
La pierre de Chabaka (Partie de la titulature de Chabaka, le nom de fils de nsw-bity Neferkarê)
La pierre de Chabaka (Détail figurant plusieurs fois Ptah sous son dais)
La pierre de Chabaka (Détail de l’orifice pratiqué au centre pour la meule)