Partie 4 : le Nouvel Empire, l’âge d’or de l’Égypte

Chapitre IV : la XIXe dynastie

Séthy II

Accession au pouvoir

La fin de la XIXe dynastie est marquée par les règnes relativement cours de quatre rois : Séthy II, pendant environ cinq ans, Amenmès (peut-être 3 ans, puisqu’un an 4 est attesté par les sources), Siptah (5 ans et quelques mois) et Taousert (7 ans et quelques mois, avec un an 8 dans la documentation connue). Ces quatre règnes comptabilisent donc environ vingt années.

Concernant le règne de Taousert, on connaît deux documents, dont les interprétations sont sujettes à polémique. Le premier est un fragment de papyrus rédigé sous le règne de Ramsès II, indiquant une nouvelle lune en l’an 52 [de Ramsès II], le deuxième mois de peret, 27e jour ; le second, un graffito dans la tombe de Thotemheb, mentionne l’an 7 [de Taousert], le deuxième mois de shemou, 28e jour, en tant que premier ou deuxième jour du mois lunaire. En utilisant ces deux dates et à l’aide de calculs savants (basés, entre autre, sur un mois lunaire de 29,53 jours en comparaison d’un mois égyptien de 30 jours), Rolf Kraus propose un intervalle de 13261 jours, soit 36,35 années du calendrier julien, qui séparerait l’an 52 de Ramsès II et l’an 7 de Taousert.

Ceci amènerait donc à considérer une corégence entre Séthy II et Amenmès, et à envisager en tant qu’unique règne les deux règnes de Siptah et Taousert. Soit au total 12 ans de Séthy II à Taousert plus 15 ans de Ramsès II + 9 ans de Merenptah, soit trente-six années.

Cette période courte où se suivent de nombreux rois témoigne d’une période de troubles en Égypte. La fin de la XIXe dynastie est probablement marquée par des conflits et des tensions grandissantes entre les héritiers de la lignée de la XIXe dynastie, notamment issus des deux clans rivaux de Taousert et Sethnakht.

Règne

?

Dates de règne selon différents spécialistes
Historien Date de début Date de fin

Titulature

?

Généalogie

Séthy II est attesté par la documentation qui nous est connue à ce jour jusqu’à l’an 5 de son règne. On suppose qu’aux environs de l’an 2 de son règne va apparaître un second roi, Amenmès, qui va tenter de prendre sa place. Séthy II-Merenptah est fils de Merenptah et d’Isisneferet. Il épouse Taousert — qui deviendra pharaon à la fin de la XIXe dynastie — de qui il a peut-être un fils nommé Séthy-Merenptah, qui apparaît dans la chapelle des barques de Séthy II à Karnak, mentionné comme fils royal et accompagnant son père.

On suppose aussi, sans preuve tangible, que Séthy II a pu épouser une certaine Takhat, de qui naîtra Amenmès (peut être Messouy ?), vice-roi de Koush. Par ailleurs, certains pensent que Siptah est aussi un fils de Séthy II, mais la documentation est encore trop lacunaire pour le vérifier. Notons dès à présent qu’à Amada, Taousert est représentée en grande épouse royale de Séthy II, avec son nom inscrit dans un cartouche.

Dans la grande salle hypostyle de Karnak, deux statues de Séthy II, sur lesquelles figure Takhat, portent les cartouches de Séthy II, qui ont été gravés par-dessus ceux d’Amenmès, qui avait lui-même déjà usurpés ceux-ci. Le cartouche mentionnant le nom de Takhat n’a pas été martelé : elle est présentée comme fille du roi et épouse du roi, ce qui laisse penser qu’elle est également fille de Séthy II. Or la double marque du « t » laisse transparaître le nom de « mère » (Mw.t) qui devait s’y trouver auparavant. Si ces statues sont toujours en place, les têtes sont aujourd’hui au Metropolitan Museum à Londres.

Pour l’anecdote, on connaît une troisième Takhat, figurant dans la liste des enfants de Ramsès II.

Séthy II a eu au moins un fils, peut-être le seul, dénommé Séthy-Merenptah. Séthy II meurt après six années de règne, et Siptah lui succède.

Campagnes

Aucune source ne témoigne de campagnes militaires à l’étranger. Séthy II fut sans doute trop occupé intra muros. Toutefois, il nomme un Syrien, Bay, comme vizir, ce qui témoigne probablement de relations diplomatiques de paix.

Constructions

Du Delta jusqu’à Bouhen, Séthy II est attesté dans toute l’Égypte, ceci jusqu’à une dédicace de l’an 1, le deuxième mois de la saison d’akhet à Abou Simbel. Des inscriptions figurent à Débôd, Amada et au Gebel Silsileh. Toutefois, on ne connaît plus aucune attestation de Séthy II entre l’an 2 et l’an 5 de son règne dans le Nord du pays ; il réapparaît ensuite après l’an 5 dans toute l’Égypte.

A contrario, la période de l’an 2 à l’an 5 de Séthy II est marquée par l’apparition d’attestations d’Amenmès au Nord du pays, ce qui conforte l’idée de la tentative de prise de pouvoir par celui-ci, évincé par Séthy II en l’an 5.

Les constructions de Séthy II sont somme toute restreintes, et la chapelle des reposoirs de barques qu’il fait édifier à Karnak comporte une mention la désignant comme château de millions d’années, témoignant de l’inexistence probable d’un temple dédié à ce rôle. On peut y voir Séthy II et l’un de ses fils nommé Séthy-Merenptah. Devant ce reposoir prenaient place deux statues colossales de quarzite de 4,65 mètres de haut, dont l’une est aujourd’hui au Musée du Louvre (n° inv. A24) et l’autre à Turin (1383 KRI IV). À Karnak également, il entreprend la construction d’un pylône dans l’enceinte de Mout.

Il fait achevé la décoration du temple de Ramsès II à Hermopolis et y adjoint un nouveau pylône. On retrouve sa trace sur des blocs à Pi-Ramsès et Memphis ; il fait aussi décorer la cour d’Amenophis II à Louxor.

Trois tombes dans la Vallée des Rois sont attribuées au règne de Séthy II : la sienne (KV 15), celle de Taousert (KV 14), et celle du chancelier Bay (KV 13).

Tombe

La tombe de Séthy II (KV 15) à l’Ouest au fond du ouadi de la Vallée des Rois, n’a pas été achevée. Les travaux se sont arrêtés après la prise de pouvoir par Amenmès.

Comme c’est le cas pour tous les Séthy et Sethnakht inhumés dans la Vallée des Rois, l’animal sethien a été remplacé par un Osiris dans les cartouches qui décorent la tombe. À l’entrée de la tombe, les cartouches ont été re-gravés après le martelage imputable à Amenmès — celui-ci n’y avait en revanche pas inscrit son propre nom.

La tombe d’Amenmès est actuellement fermée au public. Préalablement explorée par Howard Carter, puis fouillée par Otto Schaden de l’Université de Memphis, son dégagement a également mis au jour la tombe KV63 qui se trouve à proximité. D’une longueur d’environ soixante mètres, elle ne comporte pas de chambre funéraire. On y voit aussi des représentations de Takhat en tant que grande mère royale ; mais c’est ici une autre Takhat, mère de Ramsès IX, qui avec Baketourel — une fille de Ramsès IX — a réutilisé la tombe d’Amenmès.

La momie n’a pas été découverte dans la tombe KV 15, mais dans une cachette de la tombe d’Aménophis II, avec d’autres momies royales, remarquées en 1898 par Victor Loret. Seules des amulettes ont permis son identification, la momie étant très abimée.