Partie 4 : le Nouvel Empire, l’âge d’or de l’Égypte
Chapitre III : du « roi-soleil » Amenhotep III à la fin du culte d’Aton
Amenhotep IV succède à son père Amenhotep III. Fils de la reine Tiy, il naît dans une période faste et prospère de l’Égypte, une sorte d’âge d’or où le pays est puissant et riche.
Amenhotep IV - Akhenaton
Accession au pouvoir
Amenhotep IV monte sur le trône vers 1352 av. J.-C., et, comme son père, devient un roi-dieu, incarnation d’Horus, mais surtout depuis le règne de son père, le fils suprême de Rê.
Le dieu soleil devient indissociable du pouvoir politique et religieux. Peu à peu émerge un dieu plus puissant que les autres et omnipotent, qui se fait la source de tous les autres dieux du panthéon. Tel l’Empire égyptien qui rayonne dans le monde antique, ce dieu influence le mode de pensée des Égyptiens et provoque un véritable renouveau religieux et intellectuel, caractérisé par la mise en place d’une hiérarchie des dieux différentes.
Amenhotep IV, futur Akhenaton, en fait son leit motiv, appuyant les traits d’une nouvelle théologie dont la source est le soleil. Évidemment, ce basculement est progressif, et se déroule année après année avec une amplification de la relation entre le roi et l’astre diurne.
La première des modifications intervient dans la représentation de ce « dieu » : il est le seul disque solaire qui inonde de ces rayons terminés par des mains tenant des croix de vie le roi, son épouse, et plus tard ses filles. On ne parle plus de Rê, le dieu solaire à tête de faucon, mais d’Aton (itn), le disque solaire.
Règne
Beaucoup a été écrit au sujet d’Akhenaton, et notamment sur l’établissement du présumé monothéisme mettant le disque solaire Aton en exergue, mais aussi sur la variante artistique qu’il a mis en place au cours de son règne, laissant croire pour certains à l’une ou l’autre des maladies ayant pu provoquer des déformations osseuses. On a aussi parlé de sa famille composée de six filles, du fait qu’il aurait pu être le Moïse de la Bible ou son inspirateur, ou encore une icone gay bien avant l’heure. Il a fallut une grande quantité de sources antiques et des années de recherches égyptologiques pour effacer les idées reçues, remettre dans le rang un roi qui n’eût pas d’égare que pour le dieu Aton et pour enfin expliquer de manière rationnelle (jusqu’à preuve du contraire ?) le choix de ce style artistique si tranché.
| Historien | Date de début | Date de fin |
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Akhénaton était-il monothéiste ? La question fait toujours couler beaucoup d’encre, mais il semble bien qu’il ne le fut guère. On pourrait parler davantage d’hénothéisme. D’abord parce qu’un monothéisme aurait effacé toutes les autres divinités du panthéon pour n’en garder qu’une. Ce n’est pas le cas : durant le règne d’Akhénaton, on retrouve d’une part les dieux du foyer (Bès, Taouret, Hathor...), ainsi que les dieux locaux (Meretseger notamment).
Si l’on observe attentivement le sarcophage de granite retrouvé en morceaux dans la tombe d’Akhénaton à Tell el-Amarna, on constate qu’aux quatres angles sont sculptées quatre déesses — les mêmes que sur le sarcophage de Toutankhamon. Pourquoi un monothéiste aurait représenté d’autres dieux sur son sarcophage, ce matériel même qui doit le mener dans l’au-delà avec ses plus intimes convictions ?
Titulature
Généalogie
En l’an 4 de son règne, Amenhotep IV s’unit à Néfertiti. Elle lui donnera six enfants — six filles.
Campagnes
Pour avoir osé tant de bouleversements dans les systèmes de pensée religieux, philosophique et étatique, Akhenaton a du être un homme de poigne. Pour autant, cette main-mise sur toutes les institutions de l’Égypte n’a en rien servi à des expéditions militaires ou des défenses contre des attaques extérieures. Cet aspect de la vie du pays est plus que délaissé par Akhénaton.
Constructions
Akhetaton, la capitale amarnienne
Une ville nouvelle
L’antique cité que fit ériger Akhénaton en l’an 4 de son règne est aujourd’hui appelée Amarna, ou El-Amarna, du nom des « gens de la tribu d’Amran [ou Amane] » qui occupèrent le site pendant un temps. L’appellation Tell el-Amarna est quant à elle erronée d’un point de vue toponymique. Akhetaton signifie littéralement « l’Horizon d’Aton », un nom tout trouvé pour symboliser le changement religieux et politique de la période amarnienne.
Le territoire, situé entre Thèbes et Memphis, est délimité sur trois côtés par un hémicycle de douze kilomètres de falaises (une partie de la chaîne arabique) et sur le dernier côté par le Nil. Quatorze stèles frontières délimitant la cité ont été érigées entre l’an 6 et l’an 8 du règne du pharaon (lire plus bas), dont trois se trouvent sur la rive du Nil opposée à la cité.
La notion de « ville nouvelle » est particulièrement importante dans l’étude de la ville d’Akhetaton. En effet, c’est sans doute par la volonté du renforcement du pouvoir et de l’idéologie royale face à un clergé puissant à Karnak qu’Akhénaton a d’abord procédé à des modifications sur le site thébain, avant de délibérément édifier une cité nouvelle en un lieu différent.
Le deuxième aspect important est celui de la fondation de la ville et des connaissances que nous en possédons : la ville est née sur un site neutre et désert, et s’est éteinte sans occupation ultérieure, laissant un matériel archéologique vierge de toute transformation ultérieure, à l’instar des autres sites partout ailleurs dans l’Égypte antique. On dispose aujourd’hui de plusieurs sources pour concevoir l’aspect originel de la cité :
- d’une part les talatat figurant les grands ensembles religieux, administratifs et économiques de la cité antique d’Akhetaton : le grand nombre de ces blocs qui nous sont parvenus et leur richesse descriptive permettent une approche innovante de l’architecture et de la géographie du site ;
- d’autre part, les fouilles sur ce site, certes désolé, mais dont les fondations ont été préservées : on y découvre les bâtiments administratifs, les temples, les maisons et villas des notables, etc. ;
- enfin, les figurations dans le programme iconographique des tombes des nobles des bâtiments de la ville d’Akhénaton.
Cette cité à la particularité de nous montrer une ville totalement nouvelle d’un point de vue archéologique. Bâtie sur un terrain totalement vierge, elle ne comporte en effet aucun matériel archéologique d’une période antérieure. Il reste très peu de vestiges aujourd’hui de la cité, mais on peut pour autant toujours y voir les fondations des constructions et quelques colonnes remontées, qui laissent entrevoir, certes avec beaucoup d’imagination, ce à quoi pouvait ressembler la cité.
Dès l’an 5 du règne d’Akhénaton, le concept de la ville, dont les constructions à Karnak ont sans doute préfiguré la forme finale, va se développer.
Les stèles-frontières
Les premières stèles sur place témoignent de la décision du pharaon, en l’an 5, le treizième jour du quatrième mois de la saison Peret, de faire construire à cet emplacement la nouvelle capitale. Ces quatorze stèles, dites stèles-frontières, délimitant le périmètre de la ville, sont gravées, pour les trois premiers exemples que nous connaissons, dans la falaise d’Amarna ; onze autres suivront. Toutes parlent de la volonté d’ériger, de construire des édifices dans la nouvelle capitale solaire.
Le transfert de la capitale
Les constructions à Thèbes s’étant achevées en l’an 6 du règne d’Akhénaton, il faut sans doute placer le déplacement final du pouvoir royal de la capitale thébaine vers Akhetaton pendant cette année. Des stèles commémoratives, ainsi que du matériel archéologique retrouvé sur place, confirment en effet cette date.
Le dieu Rê-Horakhty (Rê-dans-l’Horizon), dans sa métamorphose finale, est désormais le seul disque solaire, l’Aton ; les constructions ne possèdent plus de toit : la ville entière est inondée par les rayons solaires du disque bienfaisant. Les portes ne sont plus totalement fermées : la corniche est désormais scindée en deux, ne portant plus le disque solaire ailé — l’Aton va directement descendre sur ces constructions, et il n’est donc plus nécessaire de le représenter sur ces parties du temple. Les temples et autres édifices religieux fonctionnent dans un microcosme commun, dans un environnement propice à la propagande royale, dans une idéologie de relation entre le roi et le disque solaire.
Les tombeaux des nobles et de la famille royale se trouvaient dans la falaise orientale. Akhetaton sera démontée après la disparition d’Akhenaton, et la plupart des vestiges de la période seront réutilisés dans des constructions ultérieures. Aussi jamais le site ne sera réutilisé.
Explorations archéologiques
Au XIXe siècle, les premiers archéologues, allemands et anglais, retrouvent les vestiges de la cité antique, qu’ils nommeront Tell el-Amarna, puisqu’érigée à proximité d’une montagne (tell, en arabe). L’« Horizon d’Aton » fait sans aucun doute allusion à la forme naturelle en cirque des montagnes environnantes qui a inspiré le nom d’akhet-iten, métaphore du hiéroglyphe de l’horizon, les deux collines formant une vallée enclavée.
Une première carte de l’antique cité d’Akhetaton est établie par l’expédition napoléonienne en 1798/1799 et publié dans la Description de l’Égypte — Antiquités, dans le tome des Planches IV, planche 63.6 (Paris, 1817). Un nouveau plan d’Amarna, dont l’original est aujourd’hui conservé à la Bodleian Library d’Oxford, est établi par John Gardner Wilkinson dans les années 1820, après une visite sur le site en 1824 et 1826. Ce relevé topographique réalisé au crayon se focalise sur la zone centrale du site. Il utilise le décompte de ses propres pas pour établir des distances avec une acuité et une précision remarquable. Le premier volume documenté des publications des fouilles sur le site d’Amarna date de 1923, centré essentiellement sur les monuments les plus importants : le grand temple d’Aton, le palais, et d’autres temples importants.
Le plan le plus complet d’avant 1900 est celui réalisé par l’allemand K. R. Lepsius lors de l’expédition prussienne dans les années 1840. L’amélioration principale par rapport à la carte de Wilkinson est l’adjonction de la majeure partie des édifices résidentiels au Sud de la ville principale, secteur à peine ébauché par Wilkinson. Cette carte est publiée dans le Denkmaeler aus Aegypten und Aethiopien, Abth. I, 64, (Berlin 1849–59) de Lepsius.
Dans les années 1970, d’autres fouilles sont engagées, avec cette fois une méthodologie scientifique et archéologique plus élaborée. L’égyptologue Barry Kemp prend la charge de responsable de ces fouilles. Il travaille de manière acharnée sur le village des artisans qui ont travaillé à l’édification du village et des tombes. Le groupe de huit cartes qu’il réalise au même titre que Salvatore Garfi est publié par l’Egypt Exploration Society en 1993 sous le titre A survey of the ancient city of El-Amarna.
Depuis 2001, un travail préliminaire donnant un aperçu de certaines zones du site est précisé par des explorations sur des emplacements jusqu’à là quasiment ignorés. De vastes zones ont pu ainsi être repérées à l’aide de système de géolocalisation (GPS) et résonance magnétique, notamment pour les tombeaux du Nord, les autels du désert, etc.. Un ballon à hélium télécommandé muni d’un appareil photo permet aujourd’hui la photographie très élaborée du site et l’élaboration de cartes topographiques d’une précision inégalée.
À l’occasion d’une exposition exceptionnelle au Musée des Beaux-Arts de Boston, une première maquette a été réalisée, sur la base des relevés topographiques. Une reconstitution virtuelle en trois dimensions a également été élaborée en 2008 par le C.N.R.S, Université de Bordeaux, à l’occasion de l’exposition Akhénaton et Néfertiti — Soleil et ombres des pharaons, installée à Genève, puis à Turin.
Tombe
Bibliographie
- Aldred, C., Akhenaten and Nefertiti, The Brooklyn Museum, Londres, 1973.
- Aldred, C., Akhenaten, King of Egypt, Thames and Hudson, Londres, 1988.
- Davies, N. de G., The Rock Tombs of El Amarna, Londres, 1903.
- Gabolde, M., « Akhenaton », in Découvertes, 478, Paris, Novembre 2005.
- Laboury, D., Akhénaton. Éd. Pygmalion, Paris, 2010, 482 p.
- Reeves, N., « Akhénaton et son dieu, pharaon et faux prophète », in Revue Autrement Mémoires, Paris, Septembre 2004.
- Roeder, G., Hanke, R., Amarna-Reliefs aus Hermopolis, Hildesheim, 1969.
- Savoy, B., Nofretete. Eine deutsch-französische Affäre 1912-1931 (« Nerfertiti. Une affaire franco-allemande »), Edition Böhlau, 2011.
- Spieser, C., Sprumont, P., « La construction de l’image du corps de l’élite égyptienne à l’époque amarnienne », Bulletins et mémoires de la Société d’Anthropologie de Paris [En ligne], 16 (3-4) | 2004, URL : http://bmsap.revues.org/3983.
Médias
Fragment de relief : prisonniers syrien et nubien
Relief d’un Asiatique en prosternation
Statuette finement exécutée d’un jeune homme nu au crâne chauve.
Fragment de sol
Incrustation : poisson
Sarcophage d’Amenhotep IV - Akhenaton
Sarcophage d’Amenhotep IV - Akhenaton (Détail des cartouches)
Sarcophage d’Amenhotep IV - Akhenaton (Détail du nom de Nefertiti)
Sarcophage d’Amenhotep IV - Akhenaton (Détail du décor)
Sarcophage d’Amenhotep IV - Akhenaton (Détail des cartouches et du texte)
Sarcophage d’Amenhotep IV - Akhenaton (Détail des cartouches)
Sarcophage d’Amenhotep IV - Akhenaton (Détail du décor)